Mazzeri et Lamento 

Menhir anthropomorphe de Filitosa  érigé  vers  1500 av. J.-C.

 » En Corse, la nature omniprésente a inspiré aux hommes de nombreuses légendes et croyances telles que le mazzérisme. Reliant le monde des vivants à celui des morts, cette pratique divinatoire ancienne raconte une Corse de tradition orale.

Aujourd’hui, elle a pratiquement disparu, sauf dans certains villages de montagnes. »

 

MAL’CONCILIO

Dans une montagne Corse intemporelle ou chaque village est un peu le bout du monde, la Tèvola est un des plus haut perchés, des plus isolés. Un paysage austère l’entoure qui écrase l’homme et déteint sur lui. L’hiver enfle le fracas des torrents, rend les cimes plus dentelées, tisse le surnaturel au bord de chaque nuit ; un décor qui entretient les croyances ballottées d’un siècle à l’autre au fil de la mémoire collective.

La croyance la plus répandue est celle que chaque être humain possède son double sous la forme d’un animal et que la mort de cet animal précède la sienne. Cette double mort, un villageois la prend en charge. On l’appelle le mazzeru. Chasseur d’âmes et berger des morts, c’est la nuit pendant son sommeil qu’il gagne la forêt pour s’embusquer près d’un torrent. Il tue la première bête qui paraît. Quand il s’en approche et la retourne, à la place de la tête, ce sont les traits d’un habitant du village qu’il découvre. L’homme ou la femme dont cet animal est le double ne tardera pas à mourir.

Le mazzeru n’est pas responsable de cette mort dont, la nuit achevée, il gardera seulement le souvenir d’un rêve. Il ne peut non plus interrompre le cours du destin et doit assumer son rôle jusqu’au bout : la Confrérie des Morts, composée des morts du village, va commencer l’enterrement fantôme. Mais pour la conduire jusqu’à celui dont elle va emporter l’ombre, elle a besoin d’un guide, et ce guide, c’est le mazzeru. Lui, après sa chasse nocturne, il sait où il faut aller.

Puis de guide, le mazzeru se fait passeur. Car cette âme que la Confrérie des Morts emporte, il faudra lui faire traverser Le fleuve pour que tout soit accompli.

Quelques jours après, le glas annoncera la mort d’un villageois et ce sera au tour de la confrérie du village de l’emporter dans la civière des morts.

Au bas du village coule un torrent. Il y a les habitants de la Tèvola, il y a Lesia, la fille de Dom Manfredo, le notable le plus respecté, il y a le Fou, il y a aussi des oiseaux de nuit, des sangliers et des corbeaux.

Apparemment il n’existe aucune relation entre torrent, bêtes et humains. Mais cramponné à un versant, il y a aussi Mal’Concilio et, selon les paysans, les sortilèges qu’il distille, ont changé le cours de bien des événements. C’est l’arbre de la nuit et tout le monde en a peur car c’est autour de lui que se retrouvent toutes les créatures qui comme les mazzeri ont quelque rôle à jouer de l’autre côté de la vie.

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