Les dattes de Mallarmé


Mon cher Baronnet,

 

Vous avez cette intuition amicale du plus vieux de mes rêves, manger quelques dattes chaque jour présentées par une main charitable et vivre sans plus de souci. Il me semble un peu que cela ait lieu, mais plus délectablement que je ne l’attendais, n’ayant pratiqué ce fruit que sirupeux et dû à l’épicier. Vraiment, c’est prodigieux de douceur et du luxe de nutrition qu’on sent y sommeiller. Ces dames, qui se guérissent un rhume avec, vous remercient de grand cœur, comme moi.

     Voici une petite plaquette qui fait partie d’une anthologie belge et n’est pas trop mal pour son prix d’impériale d’un omnibus.

     Je n’ai pas l’impression que vous vous ennuyiez trop, là-bas ; car, outre vos besognes, vous savez vivre seul, même je vous envie, ah ! si le fond de la boîte où s’étagent les dattes répandait un peu de désert autour de moi. Mon cher, que c’est difficile de s’isoler autant qu’il le faut, pour un travail même jaloux comme celui qui me captive cet hiver ! Nous en causerons à votre retour. Bien fort votre main

 

Stéphane Mallarmé