Le 3 octobre 1913 / Victor Segalen

Ce matin, de grand matin, il fait encore presque nuit, car Octobre commence, et, les moissons rentrées, le calendrier chinois annonce un retard étonnant dans les coutumes et la lumière, René Leys est déjà là, sur son cheval peureux, toujours le même…


Au moment de sauter en selle, le valet d’écurie, d’une main, me sert l’étrier, et de l’autre me tend pieusement un chiffon couvert d’écriture européenne qu’il vient de tirer du crottin.
Inconsciemment, je le déplie. Inconsciemment je rougis, et, comme pour m’excuser devant Leys, je mets précieusement le chiffon dans ma poche…

Victor Segalen,  – René Leys-  [1922]