Une vie sans signification

Le jour et la nuit venaient de se serrer la main, un nœud de Salomon se forma au-dessus des toits. Une infinie complexité se tissa au cœur de la rémanence des lueurs d’incendie qui embrassaient encore les hauteurs de la ville. Philippe errait sous les volutes décrochées du ciel usé par le jour agonisant. Plus le velours de l’horizon se rayait d’ombre, et plus les contours des nuages se hérissaient de flammèches suspendues. Ployé de solitude, il hallucinait de sensibilité, il peignait du regard un crépuscule banal. La faiblesse de la lumière persistante dans les froissures du bleu impliquait une lenteur dans l’avènement du dire, une plénitude du sensible sur fond de rêverie, une mouvante oscillation des sentiments qui refusaient de s’éteindre. Les portes de la nuit repeintes en couleur écaillées ravivaient la blancheur de l’ouate en flottaison dans l’infinité d’un ciel passé au tampon Jex. La pesanteur de la journée écoulée demeurait intacte, pénible comme un inextinguible souvenir de trop longues heures perdues à marteler sa conscience d’une vie sans signification.

G.AdC