Les pierres sauvages 2

   ROMAN-JOURNAL de FERNAND POUILLON, Architecte 

Être2 cet importun égaré dans le vallon, éberlué tout à coup de voir la pierre arrachée du sol par cette grande pince qui serre quand le filin se tend. Comme lui, j’ai observé les hommes du treuil : attentifs, le regard sur le bloc qui s’élance, se découpe à contre-jour en arêtes éblouissantes sur le ciel bleu foncé. Et puis les trois hommes fourmis là-haut, qui le tâtent, l’examinent, le manipulent, le tournent avec précaution et, doucement, avec un petit geste du doigt, le dirigent sans hâte. Par enchantement, le bloc vient se poser à la place prévue, le mur ne paraît pas plus haut pour cela, la pierre a occupé l’espace discrètement, sans avoir l’air de rien.

Fernand Pouillon

Extrait de –Les Pierres Sauvages -1964

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