Elle, lui …

le-bonheur

 

Ses tentatives littéraires n’étaient en fait qu’une aventure sans risques. L’expression d’un manque de courage à affronter la réalité morne et stérile de la vie quotidienne. Cela, elle le savait, elle lui avait dit, écrit, crier. II savait que cette lente dérive le conduirait à rejoindre la cohorte des poètes disparus pour n’avoir su exister seulement que dans le désir d’en être. Inconsciemment sans doute, il résistait à la jouissance d’être un être simple. Il avait peur. Peur que son être intime échoue sur ce qui lui tenait le plus à cœur : partager le bonheur simple d’être ensemble. Sans elle, il ne parviendrait pas à poursuivre leur récit. Il chercherait des développements impossibles. Il figerait des situations en mouvement. Il paralyserait ses élans. Ce n’était pas dans ses instants d’échec qu’il s’appuyait sur elle, il la savait tout aussi faible. Mais dans ses si rares et si précieux instants de succès. Ceux où avec bienveillance, elle rédigeait pour lui. Pour l’aider à poursuivre. Ce n’ était pas le hasard qui avait fait converger leurs routes. Elles étaient tracées à l’avance par les fées de l’antiquité méditerranéennes. Elles avaient présidé à leurs naissances. Tous leurs ratages de l’enfance produisaient des moments de lumière. Leurs accumulations balisaient une route partagée. Ce manque de l’un à l’autre, ce regard constant, croisé par les éclats électroniques de leurs ordinateurs leur permettait de mesurer déjà le chemin parcouru. Cela produisait une sensation douloureuse comme la souffrance d’une jambe amputée qui n’était plus.

G.AdC