Danse libre

Ombres portées d’un palmier du Parc Guëll de Barcelona 

Elle émerge des flots verts
danse sur les portulans de Méditerranée
frôle de sa silhouette les contours terrestres
esquisse des replis dans les échancrures des côtes
efface les frontières et leurs découpes sur la carte du ciel
effleure de ses enjambées ludiques montagnes et crevasses
remonte le cours d’un oued asséché
franchit espaces et déserts suivant ses sautes d’humeur
traverse les mers intérieures de son désarroi
accroche ses arabesques sur les crêtes des monts
s’élance sur la croûte craquante des sables
qui se déplace et tangue
sous les impulsions de son corps en délire
semblable à une flottante conque qui suit les méandres de son désir
elle va toujours vers l’est
toujours plus loin et toujours plus avant
s’enfonce dans les terres harassées qui lui livrent passage
danse
souple
sur les arêtes des ergs
glisse au-delà de ses rêves dans les steppes de Mongolie
s’absorbe entière dans les espaces menaçants du désert de Gobi
savoure là l’origine du temps
se frotte à ses horizons calcinés
dépose sur les plaques de sable la saline poussière des scories de sa vie
laisse germer sous elle herbes et roseaux
suscite de ses gestes déliés
leurs ondulantes vagues
martèle du rythme de ses pas les vastes étendues d’oyats
entraîne dans sa chevelure qui l’aime sans condition
attire dans ses figures de funambule
une longue lignée d’éphèbes
l’enserre bouillonnante dans ses bras avides d’absolu
puis s’égaillant ensemble à travers plaines et vallées
ils rejoignent son corps délié
au détour d’un abrupt
jusqu’à ce que s’écartent à la volée
les sillons d’une sente volcanique
elle se fond frémissante
dans la glaise chaude qui se dérobe
et fuse
frissonnante sous sa chair.

Angèle Paoli