Bientôt ce sera l’hiver

CYPRESBientôt ce sera l’hiver
et le mal que nous nous sommes faits
de longue date laissé en friche
mûrira pleinement dans l’asile du gel.
Peut-être la funèbre oiselle sibérienne,
― dans son utérus déjà se débat et rit
horrible et sacré l’oison déplumé ―
depuis la cime d’un cyprès mystique
battant le rappel des siens
contre le marbre du ciel
te laissera-t-elle tomber toi aussi de son bec
et dans cette semi-lumière,
dans ce suspens ou dans ce son
semblable à un raid aérien annulé
annoncera-t-elle le commencement de la neige. »
Quand je te parle ainsi et que les autres
dans un brouillard de fumée se lèvent
regardent autour d’eux et quittent la salle,
au bord de tes yeux apparaît
un gluten de torpide inconsistance spirituelle ;
tu perds connaissance.
Bientôt ce sera l’hiver
et toi tu ne comprends toujours pas que la chute est éternelle.

Alessandro Ceni
Traduction inédite d’Angèle Paoli