
FONCTIONNEL OU LUDIQUE ? ________________
Dans le design l’aspect fonctionnel de l’objet est-il l’origine du projet ? Est ce cela le design ?
L’oeuvre n’est rien sans le regard. Le spectateur n’est rien sans l’expérience esthétique par laquelle il découvre que pour être sujet, il lui faut se laisser prendre par la place de l’objet lui-même.
La relation que le sujet entretient avec l’objet l’entraîne dans sa propre objectivation. Le sujet alors devient objet. Regarder un objet, c’est se laisser conduire par sa forme, ses couleurs, ses usages. Peu peu, l’objet nous capte, nous pénètre, nous entrons dans son univers, et nous en éprouvons du plaisir. La plus grande jubilation dans la contemplation d’une œuvre d’art, n’est-elle pas de s’oublier soi-même, et de devenir l’ oeuvre elle-même ?
La valeur d’usage a longtemps été considéré comme l’expression fondamentale de l’objet. Mais, aujourd’hui, quand est-il ?
L’objet n’est plus déterminé par un usage unique, il peut être multi-fonctionnel. Les objets nouveaux ne sont parfois pas d’avantage définissables comme objets fonctionnels que comme objets ludiques. Aujourd’hui, le même objet interactif peut-être un outil de travail et un jouet. Le plus bel exemple de cet objet emblématique au statut dédoublé, est l’ordinateur. Le succès commercial des Macintosh est probablement le résultat de leur « design ».
L’objet évolue au fil du temps, marqué par les matériaux, les techniques, les formes, les styles, les statuts, les rites, les marchés. Cet objet, est le reflet de nos connaissances scientifiques, techniques, et de nos moyens de production. Il peut être le miroir de nos rêves, de nos désirs, de notre statut social. Il est reflet de notre société car les rapports qu’il entretien tour tour avec la technologie, l’économie, la politique, la culture, le social, l’art… parlent de son époque.
LA RÉVOLUTION SENSORIELLE ! _______________
Le statut du design est nécessairement provisoire, suspendu. Il suppose des champs multiples et variés, il s’élabore sur des savoirs cumulatifs et constitués. Il n’y a pas une histoire autonome du design mais des histoires contrariées. Les contours du design semblent mal définis, car il n’est que métissage. Compte tenu des lois culturelles, celui-ci ne répond pas au besoin de pureté, de vérité rassurante, que l’institution a coutume de valoriser prioritairement. Bertrand Voiron, parle de « Fordisme » du statut : savoir que chacun a sa place, et ne s’en écarte pas ; justifiant cette immobilité comme garantie de qualité : « si je m’attache à ce que je sais faire, au moins je le ferai bien ». Pourtant, « ce qui fait modernité, c’est la confrontation avec la différence », nous dit Baudelaire. L’ histoire montre à maintes reprises que la connaissance, la science, ne progressent que par frottements et rencontres les unes avec les autres. C’est à ce nouveau maillage d’un territoire culturel que Alessandro Mendini fait référence lorsqu’il dit : « Les disciplines ne m’intéressent pas quand elles sont considérés l’intérieur de leurs règles. Par contre, il est important de prospecter les grands espaces existants entre elles. »
Les activités de production symbolique ( c’est notre avis les fondements du design ) se fondent sur des activités moins logiques et rationnelles qu’il n’y paraît. Ainsi les champs, jusque là distincts de l’artistique, du scientifique et du technologique se rapprochent dans cette discipline qui est en fait, une activité annexe de l’Architecture. Les propositions utopiques des avant-gardes du début du vingtième sicle, en particulier des Constructivistes et des membres des ateliers du Bauhaus, ont ouvert cette voie.
Les professions de la création ont tendance désormais se fondre dans une sorte de « melting-pot », et s’engagent sur les chemins du dépassement de leurs propres frontières. Tel est aujourd’hui le déploiement de l ‘Architecture, le design y contribue.
En se libérant des formules globalisantes des standards, pour s’orienter vers l’accumulation des diversités et des différences, vers ce que Andrea Branzi nomme « la révolution sensorielle », le design peut prétendre à devenir l’un des acteurs de transformation sociale. Les demandes se particularisent et les exigences qualitatives deviennent croissantes : le design est entré dans l’aire des petites séries, dans lesquelles s’insinuent le local et le particulier.
La question de la culture peut donc se reposer explicitement aux designers, avant même celle de la rationalité technique, du fonctionnel ou du stylistique.
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VOIR AUSSI Marcel DUCHAMP
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Fauteuil « S 533 F », dessiné en 1927 par Ludwig Mies van der Rohe

