
« Cosa mentale » : pour Léonard de Vinci c’est le projet même qui est « une chose mentale », « une chose de l’esprit » ; ce qui importe c’est ce qui se passe dans la pensée, avant l’exécution de l’œuvre elle-même. Cette maxime : « Architettura : cosa mentale » ll est de notre devoir de l’affirmer haut. Notre résistance est de ne pas accepter les conditions médiocres d’une plausible pratique, lutter, hurler dans le désert, et se souvenir qu’un miracle peut toujours s’y produire ! A l’impossible être tenu. Savoir que de la difficulté d’imaginer et du plaisir de réaliser des lieux vrais, sincèrement, peut advenir la rencontre du sensible, de l’autre…
Pour l’Architecte, humble disciple des philosophes et des mathématiciens, la géométrie est une pratique quotidienne. Dilemme périlleux que de tenter de figer trois dimensions en un espace, avec comme seuls outils, deux dimensions seulement : le plan, l’élévation. Le bâtiment, une fois construit ne révélera plus rien de sa lente et laborieuse élaboration. Plans, coupes, façades, plus rien de ce qui était tracé sur la planche dessins ne peut être vu par l’oeil humain. Seul Dieu peut voir le plan, seul un passe muraille peut voir la coupe, seul un observateur situé à l’infini peut voir l’élévation. Tout ce travail de dessinateur finit par se perdre dans l’espace qu’il arpente enfin, accompagné de son commanditaire comme en un lieu qui n’est plus tout fait le sien… Ce n’était qu’esquisse imparfaite, avec des lignes régulières, des volumes simples: cubes, cylindres, pyramides, solides platoniciens, scandés en une ordonnance. Comme les mathématiques, elle s’est élabore sur des hésitations, des impasses, des modèles récurrents, des intuitions contradictoires, une tentative pour rapprocher des réalités hétérogènes, sans rapports logiques entre elles : le programme, la structure, les réseaux, les formes urbaines supposées, la réglementation, les couts, les couleurs, les matériaux, les textures, la lumière …
Il s’agira de découvrir et peut-être de révéler les rapports entre ces réalités éparses. En un sens, entreprendre une quête modeste qui s’apparente celle des mathématiciens : construire des systèmes cohérents, donner du sens… En d’autres termes, on tentera de déconstruire les réalités apparemment ordonnancées, pour proclamer leur émotion, leur tangibilité, leur harmonie, leur pertinence Cette démarche projéctuelle, un peu comme l’arithmétique, est une construction mentale, qui vise moins à une explication qu’au désir de réaliser un jour des bâtiments sensibles. Pour, le moment venu peut-être, (et il peut ne jamais arriver), écrire l’espace habitable fonctionnellement (la politesse de lArchitecte) et symboliquement (le devoir de lArchitecte), l’exact contraire d’un geste arbitraire.
Car être Architecte, c’est être aussi un intellectuel. Nous l’affirmons, nous le vivons. Le temps maintenant est venu de vouloir le partager.
Illustration: Projet pour l’extension de l’hôpital de Martigues, Bouches du Rhône ( image pour le concours -2005 )
