Nos fesses ne sont pas les leurs

la beauté cadréeNos fesses ne sont pas les leurs.
Souvent j’ai vu des gens déboutonnés derrière quelque haie,
Et, dans ces bains sans gêne où l’enfance s’égaie,
J’observais le plan et l’effet de notre cul.
Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils ; pour elles, c’est seulement dans la raie
Charmante que fleurit le long satin touffu.
Une ingéniosité touchante et merveilleuse
Comme l’on ne voit qu’aux anges des saints tableaux
Imite la joue où le sourire se creuse.
Oh ! De même être nus, chercher joie et repos,
Le front tourné vers sa portion glorieuse,
Et libres tous les deux murmurer des sanglots.

Arthur Rimbaud

Photographie réalisée  à la  Carroll and Milton Petrie European Sculpture Court du MET de NYC en juillet 2010 .