Moi qui te pense

 

 

 

Écrire ces temps-ci pour moi, c’est que tout augmente – en masse de mots, en masse de phrases, en masse d’articulations de tout – pendant que je pense à toi, c’est cette augmentation et cette concomitance. Il n’existe pas de temps dans la conjugaison qui dise la simultanéité d’une chose qui persiste avec une autre qui augmente, je veux dire au moyen d’un seul verbe. Il en faut toujours deux. Je voudrais inventer ce temps qui n’ait besoin que d’un seul verbe et pas de deux, quoi que j’écrive, pour dire cette unique chose, que je pense à toi pendant que tout augmente – un autre type de présent, ou le présent d’un autre mode, dédoublé terrible et merveilleux. Il n’y alors pas grand-chose à raconter, il n’y aurait pas grand-chose à écrire, en dehors de toutes ces masses qui augmentent, il n’y aurait qu’à laisser venir cette augmentation pour restituer dans toutes ses proportions la persistance/le souci/le tourment de moi qui te pense.

Cécile Mainardi