Limon de haut vertige

l’envers de tout le matin reflue vers la nuit
entre ciels d’éveil et terres d’ombre
les marches à rebours vers l’obscur et la rampe
escalier inversé en quel sens prendre se déprendre
monter descendre décentrer
comment mettre un pied
derrière devant dessous dessus arrière l’autre
atteindre là-haut sous les toits le sommet
dérobé de l’antre jonction des marches et du seuil
ramper ventre à terre laminé s’accrocher singe habile
au revers des planches tablettes volée
échelle de la déraison
qui t’oblige ange déchu
livré au soliloque du vent
à grimper tête en bas
l’escalier enlové
mains crispées au timon de la rampe tu te hisses

limon de haut vertige vers un point qui t’échappe
fuit se refuse et là-haut un gouffre blanc
de presque lumière une béance qui s’enlargit
à mesure et au fur que l’escalier élance son hélice
et sa spirale hisse vers le ciel dévasté
de ta chambre-navire
sagittaire lancé
au giron de ta nuit

Angèle Paoli