Le Corbusier n’a pas rencontré Freud

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Le Corbusier esquissant un portrait de Freud, document apocryphe: Photo collage G.AdC.

« Pendant ce temps-là, s’invente le sujet moderne dans un petit appartement viennois où Freud collectionne les antiquités. Le sujet mesure 1,83 mètre et il a le bras levé, c’est la mesure de toute chose chez Le Corbusier, le Modulor.
Le sujet, il n’y en a pas un pareil, c’est celui de Freud et de Lacan.
Mais on peut lire une radicale différence dans cette histoire-là car le sujet moderne que Freud invente et que Lacan va tamponner du signifiant, c’est sa singularité absolue qui le désigne comme sujet.
C’est sur une colline et c’est sublime !
Une voûte inversée qui discute avec Dieu : c’est à Ronchamp et c’est en plus un immense instrument de musique.
C’est la plus belle œuvre de Le Corbusier, la plus populaire, elle invente un horizon et aimante un territoire. Son plus beau bâtiment est un hommage à Dieu.
Ce n’est pas un hasard si son bâtiment-phare est consacré à la croyance.
Alors que tout le travail de Freud, vérifié par la découverte de l’être comme petit pervers polymorphe, vérifie dans l’invention du phallus ou de son absence comme constituant la structure, la « monstration » de la solitude de l’être et de ce que Pascal appelle la misère de l’homme sans Dieu.
La vérification au cœur du sujet du cri dostoïevskien « tout est permis puisque Dieu n’existe pas. »
Discorde totale entre Le Corbusier et Freud. Optimisme monstrueux de l’un contre pessimisme actif de l’autre. »

Roland Castro 1993. Conférence à l’Université de Princeton

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