La mer défilante

 

ô folle déclaration d’amour à cette langue ! Elle a reçu son territoire, elle est d’ici où la fleur cyanosée qui repère la mer défilante accroche les mots qui la frôlent, et transforme en sa gloire ce qu’elle touche, j’aime voyage insalubre comme une île, et lacustre comme un lac éteint, il est à respecter des choses que les mots ne nomment pas mais qui les gagent, accords de ressemblance oblique, immortelle et tourbe, la vraie leçon qui est fable, les tendres emblèmes je déraisonne et comment se rangent malgré nous le mauve l’impair et cet animal, ô voyelles généralisées, liberté que nul autre ne peut prendre le temps même au vol imploré bat d’aile noire d’oiseau dans le soleil, le jusant me laisse à cette page épuisée, le sang contre la falaise interne et le roc referme le capot de la mer ; là vivre limitrophe s’esquisse ; je me suis tu longtemps Madame et vais encore — plaider comme la mer […].

Michel Deguy, Figurations